MUNCH

MANET

PICASSO

KLIMT

 


LE CRI D’EDVARD MUNCH

Trois trous béants au sommet d’un triangle, puis deux plus petits, au centre : yeux, la bouche et les narines. Ce visage nous hante et nous obsède. Ce sont, en fait, trois bouches ouvertes qui hurlent leur désespoir. Les Chinois figurent la bouche par un 口 (kŏu). Trois bouches en triangle deviennent 品 (pĭn), qui signifie un produit ou un objet. Chez Munch, les bouches sont empilées dans l’autre sens, comme dans 咒 (zhòu) qui signifie maudire ou dans 哭 (kū) qui veut dire pleurer.

Bouche, réification, malédiction et pleurs… Tout est dit… Sur ce pont qui vient de nulle part et se dirige Dieu seul sait où, un personnage asexué est transformé en objet, pris dans un cyclone de couleurs vives. Il a peur d’avancer. Il a peur de reculer. Il a peur de se jeter par- dessus la balustrade. Il est transformé en objet voué aux caprices d’éléments incontrôlables. Ses trois bouches maudissent son sort. Ses trois yeux pleurent. Il est seul à ressentir cette oppression, car les deux personnages, masculins, qui le suivent, à l’arrière, semblent indolents et inconscients de tout danger.

Même si les quatre versions de ce tableau ont été peintes entre 1893 et 1917, on s’accorde, aujourd’hui, à associer ce coucher de soleil flamboyant aux cendres émises lors de l’explosion du volcan Krakatoa le 27 août 1883. Munch avait initialement intitulé ses tableaux en allemand Der Schrei der Natur : le cri de la nature. L’artiste écrira dans son Journal, le 22 juillet 1892 : « Je me promenais sur un sentier avec deux amis – le soleil se couchait – tout d’un coup le ciel devint rouge sang – je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture – il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville – mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété – je sentais un cri infini qui se passait à travers l’univers et qui déchirait la nature. »

Prémonition ou hasard, les trois bouches en triangle autour d’un noyau central servent aujourd’hui à signaliser un autre type de danger, imperceptible pour le commun des mortels, mais aux effets potentiellement ravageurs… Le risque nucléaire. Munch, à plus d’un siècle de distance, ne nous rappellerait-il pas le besoin de veiller sur la nature ?

 

Louis Doucet, février 2013

 


   

 

 

TEXTE

> Version Française

> Version Allemande

> Version Anglaise

 

 

AUTRES TABLEAUX

> Le baiser de KLIMT

> La Joconde de Léonard de Vinci

> Guernica de Picasso

> Le Radeau de la Méduse

> Olympia de MANET

 

AUTEUR

> Louis DOUCET